Les champignons se reproduisent par des semences invisibles à l'œil nu: les Spores.La dimension de ces spores est, selon les espèces, de 3 à 25 millièmes de millimètre (µm). Afin de pouvoir les voir sans l’aide d’un microscope il est nécessaire d’en réunir une quantité importante (une sporée) de la façon suivante: on fait un trou dans une feuille de papier, de préférence assez rigide, de façon à ce que le pied y pénètre entièrement, le chapeau s’appliquant horizontalement sur la feuille; on place le tout sur un verre dans lequel on aura mis un peu d’eau, mais suffisamment pour que le bout du pied baigne dans le liquide. On constatera au bout d’une douzaine d’heures, après avoir enlevé le champignon avec précaution, que les spores se sont déposées en masse sur le papier et en reproduisant fidèlement le tracé des lamelles. Afin de mieux pouvoir apprécier cette expérience il est conseillé d’utiliser du papier de couleur pour les champignons à lamelles blanches, et du papier blanc pour les champignons à lamelles colorées.


Une sporée de champignons de Paris

Ces spores se trouvent pour la majorité des champignons supérieurs sous le chapeau, dans la partie fertile: l’Hyménium. Cet hyménium est formé de lamelles chez les Agaricales (Amanites, Psalliotes, Clitocybes, Coprins, Cortinaires, Entolomes, Lactaires, Lépiotes, Pholiotes, Pleurotes, Russules, Tricholomes, etc.),

Hyménium à lamelles ex.: Lactaire délicieux

- de tubes ou foin chez les Bolets (Cèpes) et les Polypores,

Hyménium à tubes ex.: Cèpe de Bordeaux

- d’aiguillons chez les Hydnes(Pieds de mouton).

Hyménium à aiguillons ex.: Pied de mouton

 - Chez les Cantharellales il est formé de plis ou de rides (Girolles ou Chanterelles), il peut même être lisse (Trompettes des Morts).

 Hyménium à plis ex.: Chanterelle commune

Craterellus_cornucopioides(tfl-c3622-13)

Hyménium lisse chez la trompette des morts

A maturité le champignon éjecte ses spores qui, lorsqu’elles germent, forment un mycélium primaire qui va s’étendre et cheminer dans le sol. Mais pour qu’il y ait fructification il devra rencontrer un autre mycélium de polarité opposée (chez les champignons on ne parle plus de sexe féminin ou masculin mais de polarité positive et négative). Ensemble ils formeront un mycélium secondaire qui donnera naissance à d’autres champignons (carpophores ou sporophores) si toutes les conditions, surtout atmosphériques, sont réunies. Parfois un mycélium peut se mettre au repos plusieurs mois, voire plusieurs années (froid, sécheresse), puis reprendre sa croissance.

Chez les champignons supérieurs les spores se forment de manières différentes:

- chez lesAscomycètes elles se forment dans une cellule mère: l’asque généralement de forme allongée, plus rarement sphérique (chez les truffes). Les spores, au nombre de huit, effectuent toute leur croissance à l’intérieur de l’asque, puis à maturité sont projetées avec violence à l’extérieur par l’ouverture de cette dernière. Les Morilles, les Pézizes, les Truffes, les Helvelles, les Gyromitres, etc.. sont des Ascomycètes.

- chez les Basidiomycètes les spores se forment et se développent à l’extérieur d’une cellule mère en forme de massue: la Baside, à l’extrémité de petites cornes creuses, les Stérigmates. Chez les Basidiomycètes (Agaricales, Bolétales, Cantharellales, Hydnes, etc) l’emplacement des spores, sous le chapeau, obligent ces derniers à décrire une courbe au moment de l'expulsion afin de pouvoir les projeter le plus loin possible. En effet, si les spores étaient produites pour germer sur place le sol serait vite épuisé à cet endroit, le champignon fait donc appel à certains mécanismes de dispersion.

Les spores expulsées sont ensuite disséminées par le vent, l’eau, les insectes, les animaux et même l’Homme. Les uns dispersant les spores accrochées à leurs pattes et leurs ailes, les autres les véhiculant dans leur pelage ou plumage. Chez l’Homme les vêtements des chasseurs, des chercheurs de champignons, des promeneurs, sont d’excellents moyens de dissémination, de même d’ailleurs que le panier en osier qui devrait servir à la cueillette des champignons et qui permet aux spores de s’échapper, ce qui n’est pas le cas de la poche plastique.

Certains champignons rencontrent de graves problèmes pour se débarrasser de leurs spores, c’est le cas du Phallus Impudique (et des Phallales en général) car recouvert une épaisse substance gélatineuse qui l’empêche de les expulser. En dégageant une horrible odeur de cadavres en décomposition et de choux pourris il attire les mouches qui se posant sur lui, repartent ensuite les pattes chargées de spores. Que ne faut-il déployer d’ingéniosité pour survivre!

Superbe film sur l'expulsion des spores >> https://www.youtube.com/watch?v=Mrphn1zOWaE

 Le Phallus impudique et ses "dissémineuses" de spores

La longévité des spores de certaines espèces est souvent étonnante. Les spores d’Aspergillus glaucus, celui-même qui fait moisir nos confitures, peuvent germer plus de 25 ans après leur formation. Des essais réalisés en Angleterre au Royal Botanic Garden de Kew avec des spores de Schizophyllum commune, (un champignon qui croît sur du bois mort), séchées et mises en tube en 1909 ont pu être remis en culture en 1962 soit 53 ans plus tard.

Schizophyllum commune

Cette longévité associée à leur aptitude à résister dans des milieux fatals à tout autre organisme >> plus de 3 jours dans de l’hydrogène liquide (-252,87°C ) ou encore plus de 20 jours dans l’air liquide à - 190°C, a fait dire à certains savants (dont Henri Becquerel 1852-1908) que la Vie était peut-être apparue sur notre Terre, grâce à des spores de moisissures venues “d’ailleurs” et transportées à travers l’espace par des météorites (théorie de la Panspermie). De plus si la Terre devait se refroidir et que l’atmosphère se liquéfiait, comme ce fut le cas sur d’autres planètes de notre système solaire (Jupiter, Neptune, Pluton et Uranus), seules des spores pourraient survivre et attendre que les conditions soient à nouveau favorables à leur redéveloppement. Chaque champignon produit et laisse échapper des millions de spores et certains des milliards, dont heureusement une infime partie seulement germera, car si elles germaient toutes il n’y aurait plus de place pour nous sur cette Terre.

Un champignon de Paris produit environ 15 à 18 milliards de spores en 24 heures, certains Polypores, pendant une saison de 6 mois, en produisent des milliers de milliards. Mais le record de production devrait appartenir à la Vesse de Loup Géante avec un total effarant de 20 000 milliards de spores.

Vesse de loup géante

La couleur des spores peut également être un élément, entre autres, permettant l’identification des champignons. La sporée (voir début de cet article) permet de voir la couleur des spores du champignon à examiner.

Principaux champignons dont l’hyménium est formé de lamelles (Agaricales):

- Spores blanches: Amanites, Armillaires, Chanterelles, Clitocybes, Collybies, Hygrophores, Lépiotes, Marasmes, Mycènes, Pleurotes, Tricholomes.

- Spores roses: Clitopiles, Entolomes, Plutées, Rhodopaxilles, Volvaires.

- Spores ocracées: Cortinaires, Hébélomes, Inocybes, Pholiotes.

- Spores brun-noir: Coprins, Gomphides, Hypholomes, Psalliotes, Strophaires.

Pour les Cèpes elles sont jaune-brunâtre parfois nuancées d'olivâtre (Cèpe de Bordeaux).

Pour les Bolets elles sont brun-olivâtre, brunâtres, jaunâtres, ou encore rosâtres (Bolet amer).

Chez d’autres grandes familles la couleur des spores peur varier selon les individus: blanches à crème chez les Lactaires; crème, ocracées ou jaunâtres chez les Russules etc. Elles ont également des formes et des dimensions caractéristiques propres à chaque espèce.

Spores d'un champignon de Paris - Psalliota bispora

Ce n'est qu'au début du XVIIIème siècle, grâce à l'invention du microscope par l’anglais Robert Hooke et le hollandais Zacharias Janssen, que le mycologue italien Pier Antonio Michelli peut démontrer que les champignons se reproduisent par des spores invisibles à l’œil nu et non par génération spontanée comme on le croyait à l'époque. (La mycologie à travers les siècles)

Amitiés Jean-Mi