Escherichia coli (E.coli)

Alexander Fleming avait raison!

Fleming

"Découvreur" du premier antibiotique, la pénicilline en 1928, grâce à un Champignon: Penicillium notatum, Fleming entrevoyait déjà le danger d'une sur-utilisation de sa pénicilline, à cet effet il déclarait en 1945 au New York Times: << cela aboutirait à ce qu'au lieu d'éliminer l'infection, on apprenne aux microbes à résister à la pénicilline et à ce que ces microbes soient transmis d'un individu à l'autre jusqu'à ce qu'ils en atteignent un chez qui ils provoquent une pneumonie ou une septicémie que la pénicilline ne pourra pas guérir >>.

Nous n'avons guère tenu compte de cet avertissement et à cause d'une méga-sur-utilisation (que même Fleming n'aurait pu imaginer) nous avons crée des super-bactéries qui résistent à toutes les classes et combinaisons d'antibiotiques.

Une expérience significative: réunissez 1 milliard de bactéries pathogènes sensibles aux antibiotiques et une seule super-bactérie résistante. Traitez-les aux antibiotiques, au bout de quelques heures le milliard de bactéries sensibles sera détruit mais la bactérie résistante se sera multipliée et vous vous retrouverez avec 1 milliard de super-bactéries.

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Une super-bactérie: la souche 0 104:H4 d'Escherichia coli (E.coli), responsable d'une quarantaine de morts en Allemagne et des intoxications de Bègles/Bordeaux.

La sur-utilisation des antibiotiques:

En médecine humaine:

- par la prescription trop fréquente de certains antibiotiques même quand ils sont inefficaces (ex.: contre les virus).

- par des diagnostics incorrects suivis d'antibiothérapies.

- par l'usage de doses trop faibles ou sur une durée trop longue ou trop courte (moins de 8 jours).

- par l'utilisation inappropriée d'antibiotiques (souvent en vente libre ou sans ordonnance) par les patients eux-mêmes. 

Souvenons-nous

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Dès 2001 l'Assurance Maladie lançait sa campagne "les antibiotiques c'est pas automatique" et dans les 5 ans qui suivirent les prescriptions d'antibiotiques chutèrent de plus de 25%. Outre le coût pour la société d'une utilisation inappropriée des antibiotiques, le but de cette campagne était également de prévenir l'apparition des souches résistantes.

Dans l'alimentation animale: 

comme additifs alimentaires pour promouvoir la croissance des animaux d'élevage (poissons compris) et ainsi accroître la productivité avec un gain de poids aux alentours de 5% à 8%. A compter du 1er Janvier 2006 la réglementation européenne "interdit l'utilisation d'antibiotiques comme facteur de croissance dans les aliments pour animaux. Elle s'inscrit dans la stratégie générale de la Commission pour contrer l'émergence de bactéries et d'autres microbes résistant aux antibiotiques en raison de l'exploitation excessive ou incontrôlée de ces derniers". Il était temps!! Mais ont-ils disparu des élevages? Loin s'en faut car nous les retrouvons 

En médecine vétérinaire:

les antibiotiques peuvent être utilisés en élevage comme médicaments vétérinaires, à des fins curatives ou préventives. Ce dernier mot, me semble-t-il, laisse la porte ouverte à beaucoup d'excès, surtout après avoir consulté le rapport de l'Agence Nationale du Médicament Vétérinaire (ANMV) de Février 2011: en 2009 au total ce sont 1067,35 tonnes de ces antibiotiques qui ont été vendus sur le territoire français. 44% de ces antibiotiques sont destinés aux élevages porcins, 22% aux volailles et 16% aux bovins.

Notre cheptel doit être bien malade!

50% des antibiotiques fabriqués dans le monde sont destinés aux élevages.

En cette période du Tour de France cycliste je ne peux m'empêcher de faire le rapprochement entre certains coureurs et nos pauvres animaux. En effet, selon le relevé des A.U.T (Autorisation à Usage Thérapeutique) au cours des derniers Tours de France, environ 30% des coureurs seraient asthmatiques ou tout ou moins considérés comme tels, ce qui leur permet la prise de certains médicaments, cela pour se dédouaner d'éventuels contrôles positifs. Un passeport pour le dopage en somme!

Dans l'usage massif de biocides:

Ces biocides chimiquement proches ou identiques à certains antibiotiques se trouvent dans des désinfectants hospitaliers et domestiques.

Dans les produits phytosanitaires:

Ces produits sont utilisés pour soigner ou prévenir les maladies des végétaux cultivés (arbres compris), afin d'en améliorer le rendement. Ils agissent en repoussant ou tuant les organismes nuisibles: animaux, bactéries, virus, parasites, plantes concurrentes, etc...

La consommation de ces produits, englobant les pesticides et les biocides, fut en 2009 en France de 63 700 tonnes.

En conclusion:

le résultat de cette sur-consommation est la multitude de bactéries pathogènes: E.coli, Staphylocoques dorés, Salmonelles, Listeria, Legionnella, etc...qui résistent dorénavant à tous les antibiotiques. Le grand problème est le passage de ces super-bactéries résistantes de l'animal à l'Homme par l'intermédiaire de la chaîne alimentaire. Certaines de ces bactéries qui prolifèrent dans le tube digestifs des animaux d'élevages contaminent les sols (par les excréments, les épandages de lisiers, etc..) et les eaux et se retrouvent ainsi dans nos assiette (viande, légumes, etc...)  

La mort rode dans nos assiettes et nos hôpitaux

Durant ce mois de Juin 2011, Escherichia coli, découvert en 1885 par le bactériologiste germano-autrichien Theodor Escherich (1857-1911) tua quelques dizaines de personnes et en intoxiqua des centaines d'autres dans divers pays d'Europe et notamment en France à Lille, à Bègles et à Bordeaux.

On incrimina d'abord les concombres espagnols, puis les tomates, salades et que sais-je encore pour enfin découvrir la source des intoxications: des graines germées bio pour l'Allemagne et Bègles, provenant d'Egypte via l'Italie, en faisant un crochet par la Grande-Bretagne avant de se retrouver en France. Pas trés bio à mon sens car un long transport pollue également la planète ( voir sur le blog: Les Champignons sauvages bio la grosse esbrouffe), et des steacks hachés pour Lille.

Les médias et les pouvoirs publics nous parlent très souvent de ces intoxications "alimentaires": celles de ces dernières semaines, celles des fastfoods, cantines et autres restaurants, des petits pots pour bébé ou certains produits laitiers rappelés par les fabricants, etc...

Ils semblent ignorer les maladies nosocomiales contractées dans nos hôpitaux et provoquées par ces mêmes super-bactéries, et pourtant les chiffres parlent d'eux mêmes:

en France:

- 6,9% des patients présents à l'hopital sont victimes d'une infection nosocomiale, ce qui représente 800 000 personnes annuellement.

- ces infections sont responsables annuellement de 4000 à 8000 décès (selon des sources différentes).

- le nombre de décès serait de 8000 par an selon l'AP-HP (Assistance Publique - Hopitaux de Paris).

A la vue de ces chiffres on constate que nos routes, avec leurs 3994 morts et 79 056 blessés (source Prévention routière 2010) sont plus sûres que nos hôpitaux. 

L'O.M.S (Organisation Mondiale de la Santé) vient de reconnaître que la résistance des super-bactéries aux antibiotiques constitue une des plus grandes menaces pour la santé humaine.

Toute utilisation d'antibiotique conduit tôt ou tard à la sélection de bactéries résistantes. Il n'y a pas d'exemple qui échappe à cette règle.

Jean-Mi 

  

     Voir le livre de Mycologia34

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