interrogation_13

Connaissez-vous "Passion Champignons", le livre de Mycologia34?

VOIR >> Le Livre 2017

 

L'affaire du pain maudit de Pont Saint Esprit

F1020005

Pont Saint Esprit (Gard)

 

A partir du 17/08/1951 plus de 300 personnes à Pont Saint Esprit (Gard) commencent à manifester des comportements anormaux: violentes hystéries, hallucinations visuelles et sensorielles, hyperactivités motrices. 7 d’entre eux décèderont, 50 seront internées dans les Hôpitaux psychiatriques de Montpellier, Nîmes, Lyon, Avignon et Orange. Plus de 250 montreront des symptômes plus ou moins graves: sensations de froid, nausées, vomissements, douleurs gastriques, convulsions, hallucinations, euphorie, crises dépressives, tendances suicidaires, etc....

 

La population spiripontaine est terrorisée et la peur gagne toute la France. Les médecins Messieurs Vieu et Gabbai ne savent plus ou donner de la tête, le point culminant fut atteint la nuit du 24 Août, le Dr. Gabbai décrivit cette dernière comme sa “nuit d’apocalypse”.
“Toute cette nuit-là, des voitures, des charrettes, toutes sortes de moyens de transports amèneront à l'hôpital des malades gémissant ou hurlant, en proie à des phantasmes de violence ou de peur -.....les malades se croient entourés de flammes; c’est ce qui les poussait vers les fenêtres......ils étaient éblouis de visions violemment colorés” (John G. Fuller - The day of St.Anthony’s fire 1968).

41403259_p

Midi Libre du Mardi 28 Août 1951

L'affaire du pain maudit commençait. Que s’était-il donc passé?
D’entrée on a supposé que l’on était dans le cas d’empoisonnements dûs à l’ergot de seigle (Claviceps purpurea). Ce champignon est un parasite des céréales qui contient divers alcaloïdes polycycliques dérivés naturels de l'acide lysergique. C’est un champignon microscopique appartenant à la classe des Ascomycètes. Il parasite notamment le seigle et le blé. 
Cette hypothèse est confortée par le fait que tous les malades avaient consommé du pain acheté dans la boulangerie Briand, Grand’rue à Pont St. Esprit, dont la farine aurait été contaminée par l’ergot de seigle, ce que confirme d’ailleurs une analyse effectuée à Marseille par le laboratoire de toxicologie.

 

L’ergotisme provoque une maladie très grave qui chez l’Homme peut revêtir plusieurs formes:
- la forme gangréneuse qui est caractérisée par des plaies qui rongent les extrémités jusqu’à en provoquer le détachement du corps.
- la forme convulsive, également appelée Feu de St. Antoine, qui se présente sous forme de fortes hallucinations et d’excitations physiques similaires à ce que provoque le L.S.D. qui est d’ailleurs un dérivé de composés issus de l’ergot de seigle.
Trois siècles auparavant les malades auraient certainement été accusés de sorcellerie et peut-être brûlés ou pendus.

 

Voir http://mycologia34.canalblog.com/archives/2009/06/28/14229763.html

 

Les effets psychiques ne disparurent qu’après quelques mois et la situation ne revint à la normale que vers la fin Octobre.

 

Ergot

 

Seigle parasité par Claviceps purpurea

 

Les responsables.
L’enquête du commissaire Sigaud s’oriente très rapidement vers deux moulins qui ont livré les farines à la boulangerie Briand, l’un dans l’Indre, l’autre dans la Vienne. Mais c’est la minoterie de la Vienne, appartenant à Mr Maillet à Saint-Martin-La-Rivière qui intéresse particulièrement le commissaire Sigaud car elle a fourni le lot de farine le plus important. Le 31 Août le minotier Maillet est arrêté, il est accusé d’avoir incorporé dans la farine du seigle avarié que lui aurait fourni un boulanger du nom de Guy Bruère. Maillet avoue et déclare: « je n’ai pas osé livré cette marchandise de mauvaise qualité dans ma commune, alors je l’ai expédié à Pont St. Esprit ». Le 1er Septembre le boulanger Bruère est arrêté à son tour. Le boulanger Briand de Pont St. Esprit déclara quant à lui: « j’ai constaté que la farine n’était pas de bonne qualité parce qu’elle collait aux doigts. Elle était grisâtre ».
Pourquoi Briand n’a-t-il pas refusé cette farine?

 

L’explication:
- Un décret paru le 28 Juillet 1949 précise: « à compter du 1er Août 1949 le ravitaillement en farine sera assuré soit par l’Office Interprofessionnel des Céréales, soit par les ventes directes de la minoterie aux boulangers ». Malheureusement ce décret ne fut pas appliqué dans le Gard, l’Hérault ni les autres départements petits producteurs de blé. Les boulangers des départements producteurs de blé avaient donc eux la faculté de choisir leurs fournisseurs quant aux autres ils étaient approvisionnés par l’Office Interprofessionnel des Céréales.
Les farines livrées par cet Office étaient de qualité irrégulière car sorties du circuit commercial elles étaient entrées dans le domaine de l’administration. Aucun recours n’était possible sauf dans le cas où la farine étant impropre à la consommation, il y aurait un risque pour la santé du consommateur!!
Ce qui s’est passé à Pont St. Esprit aurait pu se passer dans n’importe quelle autre ville du Midi, le hasard a voulu que ce fut Briand qui cuise ce pain maudit.
Et Maillet dans tout cela? Il porte deux casquettes:

 

- il était minotier dans la Vienne, un bon minotier qui vendait une excellente farine à ses concitoyens
- et il était fonctionnaire de l’Office Interprofessionnel des Céréales dans le Gard, ce qui lui permettait d’écouler dans ce département toutes les farines de mauvaise qualité dont ses bons clients ne voulaient pas. Un fonctionnaire sans scrupules en fait!!
Le 2 Septembre une deuxième expertise affirme qu’il n’y a pas d’ergot de seigle dans le pain contaminé et les résultats sont donc contradictoires avec l’analyse du laboratoire de toxicologie de Marseille.
Pour la petite histoire notons que cette deuxième expertise a été effectuée par le laboratoire des substances militaires de Marseille (sic).

 

Le juridique:
Le 14 Septembre Maillet revient sur ses déclarations et selon d’autres enquêtes l’empoisonnement aurait été provoqué par un fongicide agricole, le Panogerm, qui aurait pu contaminer la farine, ou encore par une pollution dûe au mercure. Ce qui semble arranger tout le monde: tous les intérêts financiers et politiques, voire juridiques et scientifiques.
Le procès intenté contre Maillet finit par un non-lieu en 1954, confirmé par la Cour d’Appel en 1960 ainsi que par la Cour de Cassation.
Le boulanger Briand quant à lui se retourne contre l’Office Interprofessionnel des Céréales qui lui avait livré la farine. Le procès s’ouvre à Uzès en 1957. Le premier jugement en 1958 est défavorable à l’Office qui sort pourtant victorieux de l’Appel à Nîmes en Avril 1960. La Cour de Cassation rend une décision définitive au profit de l’Office en Mars 1975, soit près de 24 ans après l’empoisonnement. Le boulanger Briand était déjà décédé!!!.
"Le mystère du pain maudit n’a jamais été élucidé. Tout le monde se fera son idée !!!!" Jean-Mi

Sources: Midi Libre du 28/08/1951 - Midi Libre: Les années 1951-1952 - John G. Fuller: The day of St.Anthony’s fire - Steven L. Kaplan: Le pain maudit - Jean-Mi

Une Vidéo sur la malédiction de Pont St.Esprit (3mn57)

http://www.youtube.com/watch?v=vtKpXbWxrZc&feature=related

 

Et voilà que débarque laCIA

130px_CIA_svg

Depuis quelques jours déjà le Pain Maudit de Pont Saint Esprit fait à nouveau la une de la presse et des journaux télévisés et radiophoniques du monde entier, même mon article sur ce blog reçoit journellement des centaines de visiteurs et tout cela parce que la CIA a débarqué dans l'Affaire.

Midi_Libre_une

La Une du Midi Libre du 10/03/2010

Midi_Libre

L'article page interne

Hank P. Albarelli Jr., un journaliste d‘investigation américain, assure dans son livre « A Terrible Mistake : The Murder of Frank Olson and the CIA’s Secret Cold War Experiments», (Une terrible erreur: L’assassinat de Frank Olson et les expériences secrètes de la CIA durant la guerre froide) publié fin 2009 aux Etats-Unis, que les services secrets américains sont responsables des hallucinations collectives qui ont frappé la petite ville du Gard en Août 1951.

PRWEBCover

C’est en enquêtant sur la mort suspecte de Franck Olson (17 Juillet 1910–28 Novembre 1953) qu’il entre en contact avec des anciens de l’US Army et de la CIA qui avaient côtoyé ce dernier. Deux d’entre eux : Albert et Neal lui révèlent sous le couvert de l’anonymat (de bien entendu) que l’Affaire de Pont Saint Esprit était l’œuvre de la CIA et du SOD (Special Opérations Departement).

Qui était donc ce Franck Olson ?

Frank_20Olson_201

Franck Olson

C’était un scientifique, un biochimiste, qui travaillait pour US Army dans le département « Top secret » du SOD (fr.: Département des Opérations Spéciales) de Fort Detrick à Frederick (Maryland). Dans le cadre du projet MKULTRA il faisait des recherches sur les armes biologiques et les drogues permettant la manipulation mentale des personnes (sérum de vérité entre autres). Selon la version officielle, lors de ses recherches il aurait absorbé involontairement du LSD et souffert par la suite de dépression. A New York, en 1953, en consultation chez des psychiatres de la CIA il se serait suicidé en se jetant par la fenêtre de sa chambre d'hôtel pour s'écraser 13 étages plus bas.

En 1994, soit 41 ans après son « suicide », son fils Eric qui n’avait jamais cru à la version officielle obtînt que son père fût exhumé. L’autopsie a établi qu’Olson avait subi un traumatisme dû à un coup avant de se « jeter » par la fenêtre. L’enquête ouverte pour homicide a été close pour manque de preuves.

Olson a-t-il payé de sa vie son combat contre des pratiques qu’il réprouvait depuis un certain temps déjà ? Peut-être.

Les expériences américaines et celles d’autres pays.

Tous les pays de part et d’autre du rideau de fer expérimentèrent les effets du LSD sur l’organisme et surtout comment il est apte à modifier les perceptions du cerveau. Un grand nombre d’armées le testèrent sur leurs propres troupes. Voir les vidéos ci-dessous :

1 – Test LSD de l’armée américaine : http://www.youtube.com/watch?v=bbHve0Ei3w0&feature=player_embedded

2 – Test LSD de l’armée tchèque

http://www.youtube.com/watch?v=5HXMHdhQL_8&NR=1

3 – Test LSD de l’armée britannique

http://www.youtube.com/watch?v=n-rWnQphPdQ&feature=related

Des documents de la CIA attestent qu’un grand nombre d’expériences ont également été pratiquées sur des employé(e)s de la CIA, des militaires, des agents du gouvernement, des personnes atteintes de troubles mentaux ou encore des prostituées. Même le grand patron du SOD, le Dr.Sydney Gottlieb en consommait fréquemment puis s’enfermait dans son bureau pour constater les effets de la drogue.

Quel aurait été l’intérêt d’épandre du LSD sur Pont Saint Esprit alors que l’on a le matériel humain, souvent volontaire, sous la main et dont on peut suivre minute par minute les réactions à la drogue ?

Revenons à Pont Saint Esprit :

- Il est prouvé que tous les intoxiqué(e)s avaient consommé du pain de la boulangerie Briand.

- Les premiers symptômes se sont déclarés 36 heures après la consommation de ce pain, alors que les effets du LSD se font ressentir 1 à 4 heures après l’ingestion.

- Les malades avaient des problèmes digestifs, ce qui n’est jamais le cas avec le LSD.

- L’épandage du LSD aurait contaminé tous les habitants de Pont Saint Esprit et au gré du vent les communes avoisinantes, ainsi que les animaux sauvages et domestiques, et en ce qui concerne ces derniers cela ne serait pas passé inaperçu.

Vidéo d’un chat sous l’emprise du LSD :

http://www.youtube.com/watch?v=EJEw3A_QO9o&feature=related

- Le 30 Août 1949, soit 2 ans avant l’Affaire du pain maudit,  le Midi Libre dénonçait déjà le scandale des farines dans la région :

h_20_1982963_1268319370

 Vidéo (INA) des Actualités françaises du 6 Septembre 1951:

http://www.ina.fr/sciences-et-techniques/medecine-sante/video/AFE85004211/l-affaire-de-pont-saint-esprit.fr.html

- Certains défenseurs de la théorie de la CIA clament que l’ergotisme avait disparu de France depuis le 18ème siècle (les origines de ce fléau ne furent découverts qu’en 1777 grâce aux travaux de l’Abbé Tessier), mais pas le champignon qui en est responsable (l’Ergot de seigle – Claviceps purpurea).

 Conclusion :

Hank P. Albarelli aura trouvé avec l’Affaire de Pont Saint Esprit et les dérives (certaines fondées) de la CIA le matériel nécessaire pour un best-seller, Dan Brown avec son Da Vinci Code et sa sexualité du Christ a du souci à se faire ! Après le phénomène touristique du Da Vinci Code Tour qui nous ballade de Paris (Le Louvre, l’Hôtel Ritz, l’Eglise St. Sulpice) à Londres en passant par l’Ecosse, peut-être qu’un petit malin créera le CIA – Pont Saint Esprit Tour qui  nous fera voyager des laboratoires de la SOD à Fort Detrick à destination de Pont Saint Esprit en nous recueillant au passage sur la tombe de Franck Olson, et une rapide petite visite aux prisonniers de Guantanamo pour être à l’heure à Bâle (Suisse) pour l’apéritif offert par les laboratoires Sandoz !!!

 Le mot de la fin sera pour Steven Kaplan :

« Alors, faute du nom du mal, on veut connaître celui de l’homme responsable. Les versions les plus abracadabrantes circulent. On accuse le boulanger (ancien candidat RPF, protégé d’un conseiller général de De Gaulle), son mitron, puis l’eau des fontaines, puis les modernes machines à battre, les puissances étrangères, la guerre bactériologique, le diable, la SNCF, le pape, Staline, l’Église, les nationalisations ». Steven Kaplan

A quand la thèse des Martiens ???

SoucoupeSoucoupeSoucoupe

Jean-Mi

 Connaissez-vous "Passion Champignons", le livre de Mycologia34?

VOIR >> Le Livre 2017