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Les Champignons ennemis de l'Homme

Les Champignons ne se contentent non seulement de provoquer des intoxications qui résultent de la consommation d’espèces vénéneuses ou de l’ingestion d’aliments altérés par des substances toxiques diffusées par des moisissures, ils sont également responsables d’affections dues à des espèces microscopiques et parasites: les mycoses.

Parmi les centaines de milliers de mycromycètes, seule une centaine d’espèces est pathogène pour l’Homme et l’animal et coupable de mycoses et autres maladies parasitaires. Une dizaine seulement est susceptible d’entraîner la mort. Certains vivent naturellement et en bon équilibre dans le corps humain (candida, gestrichum, etc.), dans le tube digestif ou les muqueuses génitales. D’autres vivent dans le milieu extérieur et s’introduisent par accident dans l’organisme: soit par voie transcutanée par le contact d’une personne ou d’un animal déjà infecté, par des plaies provoquées par des épines ou des échardes, par la marche nu-pieds (piscine, plage, douches, etc.), soit par voie respiratoire ou digestive.

Une mauvaise hygiène corporelle, l’humidité, la température, la transpiration, le stress, sont des facteurs qui favorisent l’apparition des mycoses. La majorité d’entre elles sont provoquées par des levures (candida) ou des champignons filamenteux.

Les mycoses cutanées ou dermatophytoses pénètrent rarement dans les tissus profonds, elles sont très variées et certaines sont contagieuses. La plus connue est la teigne qui est une maladie contagieuse des cheveux et des poils de la barbe (teigne tondante, teigne de la barbe).

La teigne est assez rare en France, ce sont surtout les enfants qui sont touchés par cette infection, très rarement les adultes. Elle peut également affecter la peau ( herpes circine), les pieds et les espaces entre les orteils (intertrigo), les plis de l’aine (eczéma marginé d’Hébra), les ongles ( onychomycose).

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teigne de l'ongle (Onychomycose)

Certaines mycoses cutanées sont superficielles et peuvent être évitées par une bonne hygiène corporelle. Elles se développent surtout dans des parties du corps confinées dans des espaces chauds et humides (aisselles, pieds). Les mycoses sous-cutanées sont provoquées par des mycètes se trouvant dans le sol et sur des végétaux souvent en décomposition. Certaines, comme la sporotrichose qui infectent les forestiers, les agriculteurs ou encore les fleuriste, sont considérées comme maladies professionnelles. Elles pénètrent sous la peau à la faveur d’une plaie.

Les mycoses profondes ou systémiques sont les plus graves mais relativement rares dans les pays industrialisés. Elles infectent surtout des personnes ayant un système immunitaire affaibli ou déficient: greffés, alcooliques, héroïnomanes, cancéreux, diabétiques, traumatisés, etc. Le sida, la malnutrition, des maladies infectieuses virales ou bactériennes, des prises de médicaments, des dérèglements hormonaux, etc., peuvent également être des causes de l’affaiblissement immunitaire.

Les plus connues et les plus fréquentes sont les candidoses et parmi elles, le muguet (Candida albicans) et les aspergilloses broncho-pulmonaires occasionnées par l’inhalation des spores d’Aspergillus flavus, ce dernier produit des aflatoxines, des substances toxiques responsables de certains cancers du foie.

Certaines mycoses peuvent atteindre des organes internes, des viscères, les os, le système respiratoire etc., d’autres provoquer certains cancers, des troubles neurologiques ou des paralysies. l'histoplasmose, une maladie infectieuse des poumons causée par l’Hystoplasma capsulatum, qui engendre une maladie grave qui ressemble à la tuberculose. Les aspergilloses (maladies aux symptômes proches de la tuberculose), les blastomycoses (infections dues au développement d’un champignon, Blastomyce dermatidis, sur la peau ou dans certains organes), la crytptococcose (due à des levures présentes dans la nature), les mycétomes (des pseudo-tumeurs provoquées par des champignons parasites, surtout dans les régions tropicales), les actinomycoses, les candidoses, la coccidioïdomycose, la nocardiose, les dermatoycoses, les sporotrichoses, les phycomycoses, etc.

Paradoxalement, c’est à partir d’un autre champignon, Streptomyces nodosus, qu’on fabrique un antibiotique et antifongique: l’amphothéricine qui soigne et guérit la plupart des mycoses.

Les Champignons ennemis des plantes.

Nous connaissons le rôle joué par les champignons dans la dynamique des écosystèmes et les effets bénéfiques et souvent vitaux pour les plantes de leur collaboration avec les champignons. Malheureusement les plantes ne sont pas épargnées par les ravages occasionnés par certains champignons, ce sont les cultures qui paient le plus lourd tribut. On estime en effet, que les champignons sont responsables à 80% des maladies des plantes cultivées et souvent cela engendre famines et ruines. On considère qu’on perd annuellement 1/3 des récoltes mondiales à causes des ravages perpétrés par les champignons, les insectes, les rongeurs, les affections bactériennes ou virales, etc.  La tache de la feuille ou stilbose, provoquée par Mycena citricolor, a entraîné une perte de 50% de la production de café lors d’infections graves, au Costa-Rica en particulier.La tache de la feuille ou stilbose, provoquée par Mycena citricolor, a entraîné une perte de 50% de la production de café lors d’infections graves, au Costa-Rica en particulier.

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Maïs parasité par un Fusarium

Depuis fort longtemps l’Homme s’est rendu compte que ses cultures pouvaient être ravagées par des maladies mais il n’en connaissait pas la raison, il invoquait souvent alors ses dieux pour les protéger. Les Romains fêtaient les “Robigalia”, dans lesquelles on implorait le dieu Robigus (ou la déesse Robigo?), “maître de la rouille des blés (robigo en latin) de bien vouloir épargner les futures récoltes” (Ovide, Fistes). Virgile mentionne également les ravages de la rouille ( Georgiques, livre I v. 150-154): “ soudain les blés exigèrent de nos mains de nouveaux labeurs à cause de la rouille qui les ronge”.

Il existe des milliers d’espèces de champignons microscopiques, souvent appelés moisissures, vivant dans le sol ou dans l’eau, dont certains possèdent des pouvoirs destructeurs vis à vis des plantes. Ils provoquent des maladies qui ravagent nos vergers et fruits, nos jardins (potagers, pelouses, fleurs), nos cultures, nos vignobles, nos forêts,etc. Parmi ces nombreuses maladies citons les rouilles, les mildious, l’oïdium, les chancres, les anthracnoses, les cloques, les charbons, les caries, les tavelures, les pourritures, les fusarioses, etc.

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Anthracnose de la feuille

Elles sont provoquées par des champignons microscopiques tels les Fusarium dont il existe une trentaine d’espèces identifiées, mais ils sont beaucoup plus nombreux. Pour se nourrir ils ’attaquent à toutes sortes de plantes: aux céréales (blé, orge, avoine, riz, etc.), mais également aux pommes de terre, tomates, concombres, courgettes, topinambours, piments, pastèques, asperges, oignons, ails, choux, etc..

Fusarium oxysporum, avec ses différentes variétés, s’attaque aux racines ainsi qu’aux parties aériennes et provoque ainsi une pourriture des tissus des plantes parasitées. Peut-être sera-t-il aussi responsable de la disparition de la banane dont il est le plus grand ennemi, en effet il provoque une infection appelée la maladie de Panama qui a déjà ravagé les plantations d’Asie, d’Afrique du Sud et d’Australie et qui pourrait, dans un avenir proche, anéantir celles d’Amérique latine et des Caraïbes. Fusarium oxysporum a déjà occasionné la disparition de la variété “Gros Michel” et se lance maintenant à l’assaut de la Cavendish, la seule variété d’exportation restante, en s’attaquant aux racines des bananiers, de plus il résiste aux fongicides. L’appauvrissement de la diversité génétique de la banane ne lui permet plus de résister à la maladie.

Selon certaines observations, le Fusarium servait également à la confection d’armes biologiques dans l’ancienne U.R.S.S.

Les Rhizoctonia, quant à eux, sont des champignons parasites du système racinaire des plantes et provoquent des infections très graves et destructrices. Paradoxalement un Rhizoctonia est vital au développement des orchidées, grâce à la symbiose qui s’établit entre leurs racines et le champignon.

Parmi ces grands destructeurs citons également les genres Bothrytis, Pythium, Sclerotinia, Phytophtora. Ils sont polyphages et responsables, entre autres, des fontes des semis et des maladies du collet (anneau entre les racines et la tige d’une plante).

D’autres comme les Thielaviopsis, Pyrenchaeta, Ophiobus, Slerotium ou encore Phytophtora, etc., sont souvent la cause de la pourriture ou des nécroses des racines.

D’autres encore comme les Verticillium ou certains Fusarium du genre oxysporum, s’attaquent à un grand nombre de plantes et sont responsables de maladies vasculaires (Trachéomycoses). Tout comme les précédents ils sont très difficiles à détruire.

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Ananas attaqués par Thielaviopsis paradoxa

Après récolte de nombreux produits végétaux sont détériorés par des champignons. Les fruits et les légumes, de par leur forte teneur en eau et en éléments nutritifs, sont particulièrement visés par ces attaques. Les produits d’origine animale ne sont pas épargnés non plus. Certaines contaminations surviennent déjà dans les vergers ou les cultures, d’autres ont pour origine des blessures accidentelles dûes aux transports, aux manipulations peu minutieuses ou encore à un stockage inadapté.Les responsables de ces détériorations sont surtout des Aspergillus, Bothrytis, Diplodia, Phytophtora, Penicillium, Thielaviopsis, Phomosis, Trachysphaera, Colletrichum, Rhizopus, Fusarium, Scopulariopsis ou autres Geotrichum.

La lutte contre certaines maladies comme la tavelure de la pomme,dont certaines variétés sont très sensibles (Golden, Gala, Pink Lady) représente jusqu’à 75% du coût de production, alors que d’autres variétés tout aussi délicieuses et surtout plus résistantes aux maladies cryptogamiques sont totalement ignorées par les producteurs.

Extrait de "Passion Champignons" de Jean-Mi

Les Champignons destructeurs.

Les livres, archives, parchemins, reliures et estampes font également partie des festins d’un grand nombre de champignons dits “papyricoles”. On a recensé une soixantaine d’espèces (pour le moment) se délectant du papier, dans lequel ils puisent leur nourriture et dont ils altèrent très rapidement la résistance, en y laissant des taches plus ou moins intenses et de couleurs différentes. Parmi ces lecteurs indésirables nous retrouvons encore des Aspergillus, Penicillium, Fusarium, Thielaviopsis, mais également des Chaetomium, Eidamella, Botryotrichum, Monilia, Paecilomyces, Trichoderma, Verticilium, Alternaria, Cladosporium, Pullularia, Curvularia, Stachybothrys, etc.. Certains d’entre-eux sont allergènes surtout pour les jeunes enfants.

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Coniophore bosselé en plein développement

Nos habitations, elles aussi, ne sont pas épargnées et souvent mises en piteux état. De gros ravageurs se délectent de nos boiseries, charpentes, plâtres et même de nos pierres. Parmi ces “démolisseurs” citons la Mérule pleureuse (Serpula lacrymans) appelée “peste rouge” dans la Bible, le Coniophore bosselé (Coniophora cerebella), le Tramète des maisons (Trametes vaporia), le Polypore des caves (Phellinus megaloporus), mais également les Donkoria, Antrodia, Sclerophoma, Stereum, Collophora, Trametes, Lenzites, Coriolus, etc.

Pendant des siècles, jusqu’à l’apparition des navires en métal, les flottes du monde entier ont été plus souvent anéanties par les champignons que par l’ennemi.

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Mérule pleureuse se délectant d'un plafond en bois

Pour que les moisissures ou autres champignons puissent se évelopper un certain nombre de conditions doivent être réunies:

- les éléments nutritifs: pour se nourrir, étant hétérotrophes, ils doivent trouver surtout carbone et azote et en quantité moindre potassium, phosphore, magnésium, etc.

- l’environnement: humidité, température, oxygène, sont des éléments essentiels et souvent difficiles à réunir alors que les substances nutritives sont toujours plus abondantes que ne le nécessite leur développement. L’élément le plus important est l’humidité, alors que certains Aspergillus peuvent se développer à un taux de 65-70%, la grande majorité des moisissures le font à 80-90%

La température: la plupart sont “mésophiles” et se développent à des températures comprises entre +50 à 0°C., avec une croissance maximale entre 15 à 30°C. D’autres sont “thermophiles”: +50 à 0°C., avec une croissance maximale entre 35 à 40°C. D’autres “thermotolérants” : +50 à 0°C., avec une croissance maximale entre 15 à 40°C. Et d’autres encore “psychrophiles” : +20 à 0°C., avec une croissance maximale entre 0 à 17°C.

Bien que les champignons soient des organismes aérobies (ils ont besoin d’air pour vivre), certains supportent des quantités très faibles d’oxygène, d’autres peuvent même se développer en anaérobiose ( conditions de vie sans oxygène).

Ils sont également peu sensibles au pH (coefficient d’acidité ou d'alcalinité) du milieu. Ils se développent entre 4,5 et 8, avec une croissance maximale entre 5,5 et 7,5. Certains comme l’Aspergillus niger ont la faculté de croître dans un milieu très acide entre 1,7 et 2.

Les moisissures pouvant se développer dans une fourchette de température assez vaste, étant peu sensibles à la présence ou l’absence d’oxygène, au pH et surtout aptes à trouver les éléments nutritifs nécessaires à leur développement partout, la seule solution d’éviter un envahissement fongique est donc de combattre l’humidité en maintenant une hygrométrie faible dans l’environnement.

 Jean-Mi

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